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Anthropologie: une histoire d’âme

Lorsque nous travaillons avec des êtres humains il est parfois intéressant de prendre un peu de recul, de décaler notre regard en sortant d’une vision de l’homme qui se réduirait à sa psyché ou à sa sa corporalité et de prendre en compte sa spécificité, son âme.

Aujourd’hui je vous propose de prendre le temps de nous arrêter sur la question du vivant. Dans la nature, on distingue les êtres vivants animés, des êtres non animés, des minéraux,… De quoi parle-t’on?

L’âme forme du corps

La philosophie parle de l’âme pour désigner le principe qui anime les êtres vivants. Il ne s’agit donc aucunement de l’âme au sens religieux du terme mais seulement du principe qui distingue les êtres vivants des êtres inanimés.  Elle est un principe de vie aussi bien chez l’animal que chez l’homme et la plante. Au sens propre et strict, le poireau a une âme comme le chien ou l’homme. Sans doute il ne s’agit pas de la même âme mais dans les trois cas, le principe de vie est une forme que l’on appelle âme.

Pour bien comprendre prenons l’exemple d’une table en bois. Pour faire cette table il faut de la matière et une forme. Le bois en lui seul ne fait pas une table. Pour qu’il y ait une table il faut que les morceaux de bois soient ordonnés de telle sorte que le but pour lequel on construit ce meuble soit atteint. Sans cet ordre il n’y a pas de table, comme il n’y a pas de table sans la matière. Il y a donc deux éléments qui font une table: la matière et la forme.

De même dans les êtres vivants, on distingue le corps et l’âme, cette dernière étant la forme du corps au sens où ce dernier n’est qu’un amas de carbone, d’azote, de sels minéraux, d’hydrogène et d’oxygène mis l’un à coté de l’autre s’il n’est pas déterminé, défini. Il y a donc le corps qui reçoit la détermination et l’âme, principe qui détermine. En philosophie on ira même jusqu’à dire que l’âme est l’acte premier du corps mais ce sera pour un prochain chapitre.

Les trois espèces du vivant

L’observation et la science ont permis de déterminer 3 espèces de vivant: les végétaux, les animaux et les êtres humains.

Végétaux:

Les plantes disposent de la vie végétative, d’une âme végétative. La vie végétative comporte 3 opérations: la nutrition, la croissance et la reproduction. Tous les êtres vivants, de la bactérie à l’homme en passant par les animaux, disposent de ces 3 opérations. Ce qui caractérise les végétaux c’est que leur âme ne dispose que de ces trois opérations. Mais gardons en tête que tout être vivant a une vie végétative par laquelle il reçoit en lui des éléments matériels qui lui viennent du monde extérieur. Mais ces éléments, il les détruits pour les assimiler.

Animaux:

Certains êtres vivants ont une autre approche du monde extérieur. Ils le saisissent tel qu’il est en lui-même, avec ses caractéristiques et les formes qui lui sont propres. Cette connaissance peut se faire à plusieurs niveaux mais elle a un aspect commun, elle s’appelle la connaissance.

De l’huître qui n’a que le sens du toucher au mammifère le plus évolué disposant de ses 5 sens et de la faculté de se mouvoir, l’ensemble des animaux a cette capacité de connaître par l’intermédiaire de leurs sens. On parle alors d’une âme sensitive. Celle-ci dispose des mêmes opérations que l’âme végétative auxquelles il faut rajouter la capacité de connaître le réel par l’intermédiaire des sens. Les animaux ont donc cette capacité de connaître les choses extérieures sans les détruire, c’est à dire de manière immatérielle. En revanche cette capacité passe par des organes qui reçoivent l’information et qui peuvent se détériorer. Nous ne développerons pas ici les sens internes de l’estimative et de la mémoire sauf à considérer que l’animal dans le déclenchement de ses opérations recherche une sensation de plaisir et fuit une sensation de douleur. Plus l’animal est « perfectionné » moins les « stimuli » sont déterminants.

Humains:

Enfin les êtres humains disposent des opérations de l’âme végétative, de celle de l’âme sensitive mais ils ont également cette possibilité de connaître les choses immatérielles dans ce qu’elles sont en elles-mêmes par l’usage de l’intelligence et de la volonté. On parle d’une âme intellective au sens où, en plus des opérations précédemment citées, l’homme a la capacité de connaitre les concepts, les choses dans leur essence (inte legere : lire à l’intérieur de) Lorsque nous parlerons des sens internes de l’homme, nous parlerons de la cogitative qui lui permet d’agir en fonction de la raison. Ainsi l’homme a cette capacité par son intelligence de trouver ce qui est bon et par sa volonté d’orienter son action vers ce qu’il a reconnu comme bon, ce qui crée sa liberté. Cette supériorité de l’âme intellective sur les autres n’est pas un blanc sein pour faire ce qu’il veut mais au contraire une supériorité de responsabilité vis à vis des autres êtres vivants car les capacités supérieures impliquent des devoirs plus importants.

  Et nous, que faisons-nous en thérapie? A quel niveau intervenons-nous? Soutenons-nous l’âme végétative, sensitive ou intellective? Permettons-nous à l’homme de devenir plus homme ?

Thierry CABRITA